Jeudi 28 mai 2009
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Vous ne pouvez pas vraiment le savoir, vous qui êtes un peu incultes, mais une polémique violente a lieu en ce moment sur
le marché de la botte. Oui, je continue à suivre avec attention l'évolution des tendances, même depuis que je suis passée dans le domaine politique. Après tout, ça ne me change pas trop. C'est un
peu étrange d'ailleurs, je trouve, que j'aie eu si peu de mal à passer de la rédaction d'articles reconnus concernant le marché de la botte à des articles tout aussi reconnus concernant les
affaires politiques. J'en parlerai à mon psy, à l'occasion. Il me trouvera bien une petite explication de derrière les fagots, je lui fais confiance. Bien psychanalytique, pas du tout
sociologique, histoire que j'en ressorte plutôt fière de moi.
Bref. Je disais qu'une violente polémique secoue le monde de la botte. Et je dois dire sans fausse modestie que je n'y suis pas étrangère. Car voyez-vous, l'un de mes derniers articles en tant
que rédactrice dans un magazine féminin avait pour objet la politique commerciale d'une enseigne spécialisée dans les chaussures pour femmes, enseigne dont je tairai le nom pour ne pas lui faire
de publicité. Dans cet article, au demeurant élégant et vif, j'attaquais sans faux-semblant ce qui me paraissait constituer, dans la gamme de bottes proposée par le magasin, un affront
inacceptable à - tenez-vous bien - la République elle-même. Oui Madame ! En effet, j'ai remarqué, en regardant pendant des heures la devanture du magasin, que ce lieu, que dis-je ? cette décharge
était le théâtre d'une discrimination attentatoire à l'égalité républicaine : rejetée à l'extrémité du magasin, une petite paire de bottes jaunes mourrait, à l'abri des regards, dans la solitude
et l'indifférence la plus totale, tandis que sur toute la surface du magasin s'étalaient avec une arrogance indescriptible sur d'illégitimes piédestaux une foule innombrable de bottes noires aux
intentions hostiles. On aurait dit un défilé, une parade militaire avec, au loin...
Comment, chers lecteurs, aurais-je pu fermer les yeux sur cet énième signe ? Comment aurais-je pu détourner mon regard de cette scène atroce et laisser faire sans rien dire ? Comment, chers
lecteurs qui feignez de ne pas comprendre, comment aurais-je pu prétendre ignorer que c'était là, sous mes yeux horrifiés, le retour de la bête
immonde...? Que de ce théâtre de la terreur émanait des relents... nauséabonds ? Que ce simulacre de république des bottes n'était qu'un
écran de fumée destiné à dissimuler un ostracisme digne des heures les plus sombres de l'histoire qui, faut-il le rappeler, ont vu se mettre en place au rythme de ces mêmes bottes noires
l'apparition sur Terre, pour la première fois depuis la naissance de l'univers, de ce que l'on appellera encore pendant des milliards d'années l'horreur
absolue ?
Mon sang n'a fait qu'un tour ! J'ai immédiatement saisi la HALDE, le CRAN, la LICRA, le CRIF, la LDJ, Attac, Act Up, Ras-l'Front, Ras-la-touffe et Vive-les-orties et j'ai écrit un article
virulent pour dénoncer ces agissements. Mes amis et moi sommes même en train d'étudier la possibilité juridique de faire interdire la vente de bottes noires dans les magasins d'Ile-de-France. Il
est en effet intolérable que l'on puisse porter, dans notre belle république, les accessoires évidents du parti national-socialiste des années 1930.
Pardon ?
Ces bottes ne sont pas les mêmes ? Et ce sont des bottes de femmes ?
Haha ! Je pouffe. Chacun sait que ce n'est qu'un paravent. Ne prenez pas les Français pour des idiots ; ils savent, comme moi, lire dans la tête des bottes et deviner les pulsions qui les
guettent. Les Français savent que la barbarie est toujours en marche, et que si nous n'y prenons pas garde, l'histoire se répètera. C'est pourquoi
j'ai d'ailleurs proposé qu'on supprime l'histoire, et qu'on la remplace par la mémoire. Ca ne va pas faire joli dans les manuels ni dans les consciences mais après tout, l'essentiel n'est pas là.
C'est le commerce de la botte qu'il faut sauver ; on se fout de savoir pourquoi l'homme marche.